Archipel - [LA FORCE DU COLLECTIF]

Alors que le dernier confinement touchait à sa fin, le besoin de se retrouver et de se ressourcer se faisait cruellement sentir au sein de la capitale belge et européenne.

Comme partout ailleurs, angoisse, peur et isolement étaient devenus la norme.

Pour palier au manque d’activité sociale, pour se retrouver, co-créer et occuper l’espace urbain, j’ai imaginé et animé une série d’ateliers de dessin sur carrelage, réunis dans une fresque collective visible dans les communs de Maxima.

Retour sur ce projet d’utilité publique…

Une affaire qui roule

Après avoir récupéré quantité de carrelage et de plumes de calligraphie, l’idée d’une oeuvre collective inspirée par « Le grand banKet » de Françoise Shein germe dans mon esprit.

Je voulais le projet partipatif pour rencontrer le public et faire cotoyer participant·e·s, initier une dynamique d’échange et de collaboration, briser l’isolement et favoriser l’entraide. Je voulais que ces idées habitent une technique artistique peu commune pour la faire découvrir. Cette dernière sedevait d’être légèrement contraignante pour servir de moteur créatif mais avec une prise en main facile pour pouvoir rentrer rapidement dans l’activité. 

En dernier détail, je souhaitais respecter la charte couleur du lieu pour que l’oeuvre intègre l’environnement des communs de Communa.

Et, tout bien considéré, j’avais moi-même besoin de rencontrer mon nouveau public et de cocréer.

Avec le soutien des responsables de Communa absl et en partenariat avec Park Poétik asbl, Comme un Lundi asbl et FactumLab asbl, nous avons programmé deux ateliers par semaine, dans l’après-midi et en soirée, pour attirer des pubics variés, et faire vivre, connaître le lieu Maxima.

Le résultat dépassa toutes mes attentes !

Environs 90 participant·e·s ont réalisé près de 180 carreaux !!

Les 10 ateliers ont drainé près de 90 participant·e·s d’horizons, d’âges et de profils variés, artistes confirmé·e·s ou amateur·e·s, à l’aise avec l’acte créatif ou intimidé·e·s par le process. Il était primordial de proposer un cadre suffisamment sécurisant pour que tou·te·s s’y sentent bien et suffisamment ouvert pour donner envie à chacun·e de participer.

En proposant une participation volontaire à une table commune, les publics se sont naturellement mélangés et rencontrés. Cela a permis des échanges de savoirs, favorisé l’entraide et le partage de valeurs.

En laissant une liberté totale d’expression dans le dessin, les carreaux ainsi obtenus disposent d’une grande variété de styles et de sujets.

En alternant l’emplacement de l’atelier entre espace public devant Maxima et la cour du lieu, le lien intérieur/extérieur si cher à la philosophie du lieu était renforcé et le contact avec les communautés urbaines assuré.

Nul besoin d’intellectualiser pour profiter !

Un cadre bienveillant, une ambiance sereine et une bonne dose de bonne humeur ont suffit à faire de cette activité un succès, attendus par certain·e·s de semaines en semaines. Dans cette opération sans prétention mais pourtant porteuse de sens, les participant·e·s on pu s’émerveiller, expérimenter et prendre conscience de leur potentiel et de leurs capacités dans la réalisation d’un projet. Autant d’acquis essentiels pour développer une image de soi positive.

Pari réussi !

Quand l'art engage une communauté

La culture représente l’ensemble des actes, réalisations, représentations et expressions propres à l’être humain. Elle possède donc en elle-même un formidable potentiel d’humanisation dans lequel s’inscrit la médiation culturelle, processus d’éducation informelle auprès de publics éloignés de l’offre artistique. Cette dernière permet aux participant·e·s de s’interroger sur leur identité individuelle et collective, de questionner les réalités sociales et d’initier un changement de paradigme sociétal.

Des gens, des vies.. et l’art

En ville, nous pouvons être si proche et si éloigné·e·s les un·e·s des autres. Le quotidien nous accapare, les communautés se croisent sans se côtoyer, nous nous autorisons rarement à nous poser pour découvrir de nouvelles choses et prendre le temps de la rencontre.

L’art est un langage de sens et d’émotions, il nous lie au monde, à notre histoire, ouvre la réflexion et développe l’imagination. Support de questionnement et de ressenti, être au contact de l’art permet à l’humain de se construire et d’affirmer sa personnalité. Se réunir pour construire en prenant plaisir à l’activité ouvre un vaste champ des possibles.

En gardant le cap sur ces objectifs mais en laissant suffisamment de latitude au projet pour lui permettre d’évoluer, on réalise des oeuvres inédites et porteuses de sens.

La pratique artistique comme vecteur de travail social collectif

Créer des espaces de participation, provoquer des situations d’échanges entres les habitants du quartier, inviter les usager·ère·s à prendre leur place dans la communauté élargie³ sont autant d’étapes indispensables dans l’évolution vers une société inclusive et bienveillante.

Grâce au travail social collectif artistique, les groupes et individus développent le sens critique, l’analyse, la réflexion et la recherche de sens. Au coeur de la démarche citoyenne, ces espaces de liberté d’expression servent à décloisonner et à établir une relation de confiance entre les habitants. Le travail collectif transforme ainsi la parole en action. 

Les participant·e·s prennent conscience de leur potentiel individuel et collectif et de leur capacité à agir sur leur environnement.

Cultiver la singularité pour une réussite collective

Passer du « Je » au « Nous », quitter le culte de l’individu en laissant à tou·te·s le loisir de développer et d’exprimer sa singularité au sein du groupe est un apprentissage. La pratique artistique comme moyen d’éducation et d’émancipation permet de trouver ce point d’équilibre délicat.

Une aventure de création commune

Accompagner un groupe ou des individus dans un processus de création, c’est trouver le juste milieu entre l’autodétermination de chacun·e et les besoins liés à la réalisation de l’oeuvre.

Échapper aux injonctions et à la standardisation en préservant la cohérence de la réalisation peut être un exercice d’équilibriste. Dans le cadre d’un projet artistique en co-création avec le public, l’artiste transcende l’acte créateur pour devenir le catalyseur des aspirations individuelles et communes.

Depuis le mouvement Fluxus dans les année 60, de très nombreux·ses artistes se sont questionnés sur le pouvoir de l’art en réunion et sur la participation du public dans la réalisation d’une oeuvre.

Il brise la solitude, permet d’associer les compétences, force le groupe à trouver des consensus et peut provoquer des réactions en chaîne lorsque les participant·e·s développent une conscience citoyenne et communautaire.

Dans le cadre du projet « Archipel », les habitant·e·s du quartier, les occupant·e·s et visiteur·se·s de Maxima ont réalisé une ou plusieurs oeuvres individuelles sur des carreaux de faïence, chacun·e avec son talent particulier et son mode d’expression propre.

Ces carreaux ont été assemblés dans une fresque commune, comme autant d’individualités donnant de la cohérence au groupe. Tout le monde a sa place et son importance. Si un carreau venait à manquer, on pourrait le remplacer mais la fresque raconterait une autre histoire.

Et maintenant, on fait quoi?

What, How and for Whom? (WHW) à l’origine de l’exposition « Collective Creativity : Common Ideas for Life and Politics » affirme : « La créativité collective est non seulement une forme de résistance au système dominant de l’art et à l’appel capitaliste à la spécialisation, mais également une critique productive et performative des institutions sociales et de la politique…».5

Alors on continue à « faire ensemble », à co-créer, des oeuvres d’art, bien sur, mais aussi d’autres projets à visées humaine et citoyenne et devenons des « passeur·se·s de culture ».

Le projet de dessin sur carrelage, quant à lui, continue avec un autre public. Petit à petit, vous verrez fleurir ici et là au sein du lieu Maxima de nouveau carreaux, disséminés dans les espaces communs.

ENJOY !
UpsiLȯV

La Fresque ARCHIPEL a été présentée lors du parcours d’artistes de Forest et est visible dans la cour du bâtiment Maxima tous les jours de la semaine de 9h à 18h et lors des évènements. En partenariat avec Park Poétik asbl, Comme un Lundi asbl, Factum Lab asbl et Communa asbl

Avec la participation de Martina Schiattarella, Càtàlina Caian, Katrina Amolde, Mina Docinski, Reinijs Tukmanis, Camille Testard, Charlotte Léonardon, Aoulad Hajar, Naji Aya, Roulou, Linora Peter, Malaïka Kazibwé, Rayme, Mahidaya, Sofia, Anaëlle Casanova, Rovella Rudolf, Jonathan Preti, Hanh Nguyen, Yasmine El Oujani, Élodie Fleuridas, Akram, Amira, Yshel, Zalera, Ayan, Fouas Lihwak, Fatisalim, Falaq, Adila, Boufakouch, Soufian, Mohamed Boufacoch, Ayamen Bounaim, Adam Bounaim, Sarah Geerits, Magid El Ouardi, Pauline Bombaert, Amira El Gharrich, Wanif, Taha, Chawki Souhbane, Karen Lambert, Ilaria Simonetta, Laetitia Gau, Maryvonne Prévot, Véronika Semelkova, Pascal Courtois, Sven Grothe , Margaux Fabris, Gaston Pépin Struye, Félix Struye, Maysam Kebaier, Yasmina Kebaier, Haron Ynz, Najat Achlouch, Soukaïna, Rayan, Yassin, Amadou, Catch Up, Josete Huedo, Emma Corbique, Elsa Micheau, Nonochka Gold, Hugo Malidin, Lucie, Julien Bloit, Thomas Genicq, Martin R. Jésus, Nora Römer, Zoë, Noum, Élise Fé, Charlotte Lemercier, Hélène, Solène Thibaut, Mariane, Tiphanie, Baptiste Luuse, Anne, Monica, Etienne de Luuse, Daphna, Romain, German Benitez, Vincent Leroy, Chris De Becker, Razzak et LȯV

³ communauté élargie : ensemble de personnes qui peuvent se repérer et s’identifier, et qui fonctionne sur des liens de solidarité

5 in Art Press 2, n° 40, février 2016

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